Challenge AZ, La Belgique

W comme WOUTERS, SAPION et l’horreur de la guerre

À l’origine, cet article était censé s’intituler « un WOUTERS sinon rien ! » et devait vous présenter sur un ton joyeux une situation amusante rencontrée dans la famille de mon arrière-arrière-grand-père Cornelius WOUTERS, à Aarschot, dans le Brabant flamand.

Tout en tournant et en retournant mes phrases dans ma tête, j’avais préparé une image vintage et romantique à souhait pour illustrer les différents mariages dont j’allais vous parler.

Mais en préparant ledit article, j’ai appris que l’un de mes « protagonistes » avait connu une mort tragique en 1914, et les nouvelles informations glanées après cette dernière découverte m’ont pas mal chamboulée : il n’était plus question d’écrire un article « fleur bleue » .

Comme je l’ai dit ailleurs, bien que je sois née en Belgique, je n’y ai pas grandi ; c’est donc au gré de mes recherches généalogiques que je découvre l’histoire de ma terre natale – d’une manière parfois un peu brutale, comme c’est le cas ici :

Les 19 et 20 août 1914, soit deux semaines après l’entrée en guerre forcée de la Belgique, pays jusque-là très attaché à sa neutralité, la ville d’Aarschot a été le théâtre d’un abominable massacre perpétré par les soldats allemands : en représailles à la mort du colonel Stenger, 156 civils de tous âges y ont été purement et simplement exécutés, sous les yeux de leurs concitoyens et de leurs familles. La ville a été saccagée, des maisons brûlées. Sans parler des crimes « qu’on ne raconte pas ».

Aarschot n’a malheureusement pas été un cas isolé : d’autres villes devaient connaître un sort semblable au cours de ce mois d’août 1914, comme Andenne (218 victimes civiles), Tamines (383 victimes civiles), Dinant (674 victimes civiles), Louvain (248 victimes civiles), entre autres.

C’est ce que les journaux étrangers ont appelé « le viol de la Belgique » : un déchaînement de barbarie qui a coûté la vie à plus de 6.000 civils belges, parmi lesquels des femmes, des enfants, des vieillards – des gens comme vous et moi.

Jozef SAPION allait faire partie de ces infortunés.

Aarschot, place principale en 1914
Carte postale (coupée) partagée par josmich sur Geneanet

Jozef SAPION n’était pas mon aïeul, ni même le beau-frère ou le cousin de mon aïeul – je n’ai aucun lien de parenté avec lui.

Cependant, il était fortement lié à la famille de mon aagp Cornelius WOUTERS. En effet, il était le beau-frère de trois de ses frères :

  • Maria Catharina SAPION, l’aînée, avait épousé Ferdinandus WOUTERS en 1897 ;
  • Maria Theresia SAPION avait épousé Benedictus J. Antonius WOUTERS en 1898 ;
  • Angelina SAPION avait épousé Alphonsus Leonardus WOUTERS en 1901 ;
  • Et en 1908, il s’était passé une chose assez étonnante (et à vrai dire, inédite dans tout mon arbre !) : Benedictus WOUTERS devenu veuf s’était remarié avec la jeune sœur de sa première épouse, Maria Leonia SAPION !

Pour couronner le tout, Jozef, lui aussi, avait épousé une WOUTERS : Maria Ludovica Joanna, dite Louisa, cousine germaine de Cornelius et de ses frères.

Louisa était là lorsque Jozef a été abattu.

On leur avait intimé l’ordre de sortir de leur maison, ce que Jozef avait fait. Mais elle, Louisa, était restée en arrière, en panique, s’efforçant de rassembler leurs quatre jeunes enfants avant de sortir. C’était alors qu’elle avait entendu un coup de feu devant la maison. Son mari était mort (Source).

Jozef SAPION n’avait que 33 ans. Il figure parmi les nombreuses victimes des atrocités allemandes en 1914.

Aarschot en septembre 1914, Liberaal Archief van Gent, Wikimedia Commons

Mon arrière-grand-père, Dominique, avait 18 ans cette année-là, et il vivait à Aarschot. Mon arrière-grand-mère, Sophie, avait 15 ans et était originaire du même village que Jozef SAPION, Westerlo.

Je me demande ce qu’ils ont vu de toutes ces horreurs ; ce qu’ils ont entendu. Ils ont forcément dû être marqués.

Ont-ils raconté ces événements à leurs enfants ? À leurs petits-enfants ? En tout cas, je n’en ai jamais entendu parler.

Mais je comprends mieux, à présent, l’évacuation de mai 1940 ; cet exode qui a précipité sur les routes une population terrorisée par l’arrivée de l’armée allemande : il y avait de quoi être traumatisé.

Affiche « Remember Belgium », par Ellsworth Young,
Wikimedia Commons

2 réflexions au sujet de “W comme WOUTERS, SAPION et l’horreur de la guerre”

    1. C’est certain. Ça dépasse l’entendement, une telle barbarie. Si seulement nous (humains) pouvions tirer des leçons du passé pour que de telles horreurs ne se reproduisent plus. C’est loin d’être le cas, malheureusement.

      Aimé par 1 personne

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