Challenge AZ, Portraits d'ancêtres

O comme… Orpheline et Oncle : le destin de la famille POULET

Parmi nos ancêtres, certains retiennent notre attention plus que d’autres. Sans doute parce qu’ils ont des parcours atypiques ; parce qu’on devine une histoire particulière au-delà des actes…

Marie Elisabeth POULET est une ancêtre de ma branche WETS. Elle épouse Henri J. CHABEAU, de Braine-l’Alleud, le 20 mai 1783, à Wauthier-Braine.

En allant consulter cet acte de mariage, je ne pensais pas m’attarder sur cette famille POULET dans l’immédiat. J’étais occupée à tout autre chose dans les (très tortueux) registres de Braine-l’Alleud, et je prévoyais de laisser cette branche pour plus tard.

Sauf que…

Une chose a attiré mon attention dans cet acte de mariage : Marie Elisabeth est mineure (elle a 21 ans) et se marie avec le consentement de son tuteur, Joseph POULET.

Si elle a un tuteur, me dis-je, c’est donc qu’elle n’a pas de parents

Acte de mariage de Marie Elisabeth POULET et Henri J. CHABEAU
(On remarque que Marie Elisabeth sait signer !),
archives de l’Etat en Belgique

Marie Elisabeth naît le 25 avril 1762, à Wauthier-Braine, dans l’actuel Brabant wallon. Elle est la fille de Guillaume POULET et de Marie J. JACQMIN ; elle arrive dans une fratrie qui compte déjà Catherine J., 3 ans, et Jean J., 2 ans.

Elle a pour parrain son jeune oncle paternel Claude Joseph POULET, dit Joseph, alors âgé de 19 ans ; et pour marraine, sa tante maternelle Marie Elisabeth JACQMIN, âgée de 26 ans.

En 1765, alors que notre Marie Elisabeth est âgée de 3 ans, la famille s’agrandit : les jumeaux Marie Françoise J. et François J. voient le jour le 26 septembre.

Le bonheur sera cependant de courte durée : deux mois plus tard, le 7 décembre de la même année, Guillaume POULET décède : Marie J. se retrouve veuve avec à sa charge cinq jeunes enfants âgés de 2 mois à 7 ans.

Mais la vie continue…

En mai 1768, deux ans et demi après le décès de Guillaume, un heureux événement se produit : le parrain et la marraine de Marie Elisabeth se marient ! (Claude) Joseph POULET, son oncle paternel, épouse Marie Elisabeth JACQMIN, sa tante maternelle. Il a 25 ans ; elle en a 32. Peut-être se sont-ils rapprochés en prenant soin l’un et l’autre de leurs neveux communs ?

Bientôt, notre petite Marie Elisabeth voit le ventre de sa marraine s’arrondir…

Mais un nouveau malheur se prépare. L’année 1769 va être une année noire pour cette famille : le 7 mars, Marie J. JACQMIN décède à son tour : Marie Elisabeth n’a que 6 ans – elle n’a plus ni père ni mère.

Une semaine seulement après ce drame, sa marraine met au monde un petit Pierre J. ; il décédera à l’automne, tout comme les jumeaux, Marie Françoise J. et François J., âgés de 4 ans.

En quelques mois, la vie de cette famille se trouve complètement bouleversée.

Mon hypothèse, ici, vous l’avez sans doute compris, est que l’oncle/parrain et la tante/marraine ont recueilli leurs neveux communs devenus orphelins.

Bien sûr, sur la seule base des registres paroissiaux, on ne peut pas être absolument certain que c’est le cas. On sait que (Claude) Joseph POULET est le tuteur de Marie Elisabeth au moment de son mariage, mais les deux autres ont très bien pu être confiés à d’autres membres de la famille.

Cependant, je ne le crois pas. Je trouve que les actes laissent supposer des liens très forts entre les membres de cette famille recomposée – et c’est ce qui a retenu mon attention.

Marie Elisabeth va être la marraine de trois des enfants de ses parrain/marraine : des jumelles baptisées Marie Elisabeth, comme elle, et Marie Thérèse, qui décéderont respectivement 8 et 10 jours après leur naissance ; et Anne Catherine, qui décédera à l’âge de 25 ans.

(Claude) Joseph sera le parrain de son fils aîné. Il sera également le parrain de la première fille de Jean J. et de l’une des filles de Catherine J. Son fils Pierre J. (n°2), seul survivant des 9 enfants du couple (!), sera parrain de l’une des filles de Marie Elisabeth, de  trois des fils de Catherine J., et de deux des filles de Jean J.

Et pendant ce temps, aucun des sept autres oncles et tantes POULET n’apparaît dans ces actes !

Pour moi, c’est une évidence : l’oncle et la tante ont pris soin de leurs trois neveux survivants, tout en étant durement éprouvés de leur côté par la perte successive de tous leurs enfants, à l’exception de Pierre J. (n°2).

Notre Marie Elisabeth ne sera pas épargnée non plus : elle aussi perdra une petite fille en 1786 ; et en 1793, après seulement dix années de vie commune, elle perdra son mari.

Veuve à 31 ans avec quatre jeunes enfants à charge, Marie Elisabeth ne se remariera pas pour autant. C’est seule qu’elle élèvera ses enfants, en exerçant toute sa vie le dur métier de journalière.

Mais je suis sûre qu’elle aura pu compter sur le soutien de Claude Joseph, son oncle et parrain dévoué.

En vert, Wauthier-Braine, où Marie Elisabeth POULET est née et a grandi ;
en violet, Braine-l’Alleud, où elle a vécu après son mariage  ;
en jaune, Braine-le-Château, où son frère et sa sœur se sont établis.
  • Image d’en-tête : Les premiers pas, Jean-François Millet, BnF, gallica.bnf.f
  • Remarque : le prénom ‘Joseph’ étant récurrent, j’ai préféré le noter par sa seule initiale, sauf pour Claude Joseph POULET, pour qui ‘Joseph’ est le prénom prédominant. Il me semble que ça permet de mieux s’y retrouver à la lecture.

4 réflexions au sujet de “O comme… Orpheline et Oncle : le destin de la famille POULET”

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