Challenge AZ, Portraits d'ancêtres

K comme… KETELEER, doyen des horticulteurs de France !

Voilà une découverte qui aurait sûrement beaucoup plu à ma grand-mère, elle qui aimait tant les fleurs. Elle aurait sans doute adoré savoir qu’elle était l’arrière-arrière-petite-nièce de Jean-Baptiste KETELEER, figure incontournable de l’horticulture française du XIXe siècle !

Lorsque CARRIÈRE lui dédie le seringat philadelphus keteleeri en 1866, il dit de lui qu’il est « l’un des horticulteurs les plus éminents de notre siècle, dont la modestie égale le talent ».

Il lui dédiera également un genre autonome de conifères en 1867, les keteleeria, de même qu’une variété de viburnum macrocephalum, ou viorne à grosse tête, et cette superbe variété d’orchidée :

Riocreux, A., « Cattleya guttata var. Keteleeri »,
Bibliothèque numérique Hortalia

En 1895, Ce sera au tour de LEMOINE d’honorer Jean-Baptiste en donnant son nom au magnifique lilas « Doyen Keteleer » ; et au début du XXe siècle, BEISSNER saluera sa mémoire en nommant deux variétés de genévrier : le juniperus chinensis keteleeri (genévrier chinois) et le juniperus virginiana keteleeri (« cèdre rouge »).

La maison que Jean-Baptiste a fondée avec son ami Louis THIBAUT est en effet au tout premier plan de la culture des conifères en Europe. Ils sont aussi connus et reconnus pour les fleurs exotiques qu’ils introduisent et cultivent dans leurs serres. On dit d’eux qu’ils sont « les zélés introducteurs et propagateurs de toutes les belles et importantes espèces ».

Les Français peints par eux-même, BnF, Gallica

À ce stade, avec une aussi belle réputation, je me demande pourquoi Jean-Baptiste, qui était littéralement entouré de Chevaliers de la Légion d’honneur (Louis THIBAUT en 1885, CARRIÈRE, SOULANGE-BODIN …), n’a pas reçu lui-même cette prestigieuse distinction ? Est-ce parce qu’il était issu d’un milieu modeste et peu éduqué ? Ou parce qu’il n’était pas Français ?

Jean-Baptiste voit le jour en 1813 à Bodeghem-Saint-Martin, dans le « Pajottenland » : une région fertile et vallonnée au sud-ouest de Bruxelles.

Il est l’aîné d’une fratrie de cinq enfants dont Marie Joseph, mon sosa n°123, est l’unique fille. Ils ont respectivement 12 et 7 ans lorsque leur mère décède.

Leur père est jardinier, tout comme leur grand-père, et c’est bien sûr en famille que les quatre garçons apprennent les rudiments du métier.

À l’âge de 14 ans, Jean Baptiste quitte le giron familial pour parfaire son apprentissage chez différents horticulteurs belges, avant d’être admis, à l’âge de 17 ans, dans le prestigieux Institut horticole fondé par Étienne SOULANGE-BODIN au château de Fromont.

Il ne tarde pas à s’y distinguer, au point que trois ans plus tard, en 1833, Soulange-Bodin lui confie la direction de ses cultures et de ses jardins. Il n’a alors que 20 ans !

Peu à peu, le nom du très jeune jardinier en chef des jardins de Fromont va s’imposer dans la profession. L’étendue de ses connaissances horticoles force le respect. On loue volontiers son intelligence et son habileté, de même que sa modestie.

En 1844, il quitte la direction des jardins de Fromont. On le retrouve à Paris, rue des Gobelins, d’abord, puis rue de Charonne, où il fonde la maison THIBAUT et KETELEER dès 1847.

L’établissement sera déplacé au Plessis-Piquet (aujourd’hui Le Plessis-Robinson) entre 1862 et 1864 ; une partie des installations sera ensuite déménagée à Sceaux, où Jean-Baptiste et le couple THIBAUT s’installeront définitivement.

Catalogue de la maison THIBAUT et KETELEER, 1868
(Pour le consulter sur le site archive.org, cliquez ici)

Mais Jean-Baptiste n’est pas le seul de sa famille à s’être installé en France : il y a très vite été rejoint par ses trois frères, qui sont également horticulteurs, comme on pouvait s’en douter…

Jean (François), de deux ans son cadet, décède à Paris en 1852, à l’âge de 36 ans.

Charles (François) s’y marie en 1851 ; sa fille Marie Louise y naît en 1857. Il passe ensuite plusieurs années en Angleterre dans les meilleures maisons d’horticulture, avant de revenir en France en tant que « maître multiplicateur » pour devenir l’associé de THIBAUT et KETELEER à Sceaux, où il décède en 1885.

Louis (Antoine), le plus jeune, est directeur des cultures du château de Sarceaux, à Valframbert, en 1860. Il prend la direction des serres de THIBAUT et KETELEER au Plessis-Piquet en 1864. On le retrouve quelques années plus tard à la Garenne-Colombes, où il est jardinier et où il réside toujours avec son épouse en 1896.

Pendant ce temps, leur unique sœur, mon aïeule Marie Joseph, a fait sa vie à Bruxelles. Elle y a épousé Antoine LAUWERS, négociant en liqueurs, en 1843, et y a élevé cinq filles et un fils. Elle y décède en 1868, à l’âge de 42 ans.

On pourrait se demander si la famille de Marie Joseph avait gardé des contacts avec les « tontons KETELEER » de France… En tout cas, moi, je me pose la question !

C’est peut-être le cas puisque, lorsque Jean-Baptiste décède à Sceaux en 1903, l’un des déclarants est Antoine LANNEAU, de Bruxelles, gendre de Marie Joseph (et donc beau-frère de Jean ARDÜSER, mon sosa n°60).

Jean-Baptiste s’est éteint dans sa 91e année, célibataire et sans enfant. Je crois bien qu’il n’y a eu de place dans sa très longue vie que pour une seule passion : l’horticulture.

Philadelphus ‘keteleeri’, picture by Andrea Moro

4 réflexions au sujet de “K comme… KETELEER, doyen des horticulteurs de France !”

    1. C’est possible. La modestie est vraiment une particularité qui revient souvent quand il est cité par ses pairs, dans les revues horticoles. On sent que c’était quelqu’un qui ne se mettait pas en avant et qui vivait tout entier pour sa passion des plantes. Il n’a eu de cesse, tout au long de sa vie, d’acclimater de nouvelles espèces.
      J’ai adoré retracer son parcours, c’était passionnant!

      Aimé par 1 personne

  1. Bravo pour ce bel article, et quelle coïncidence, je comptais justement étudier la vie de Jean-Baptiste KETELEER dans le cadre de mon projet de dictionnaire biographique des médaillés des expositions horticoles de Paris au XIXe siècle (https://graines.hypotheses.org/a-propos) ! Si cela vous intéresse, je vous communiquerais les informations supplémentaires que je pourrais trouver.

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis désolée, votre commentaire était parti se cacher dans les indésirables, je viens seulement de le voir!
      C’est une belle coïncidence, en effet! La maison Thibaut et Keteleer a remporté énormément de médailles lors d’expositions horticoles. C’est un travail de longue haleine de les répertorier toutes! Je suis bien sûr intéressée, si vous trouvez des informations supplémentaires. Je ne cite pas mes références dans cet article, mais je peux vous les communiquer, au besoin. Une partie d’entre elles figure dans la fiche de Jean Baptiste, sur Geneanet.
      Bonnes recherches 🙂

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