Aventures généa-logiques, Challenge AZ

D comme… « Des clous ! » – Les cloutiers d’Anderlues

Dans ma généalogie, je compte une branche de « Bourlettis » : c’est comme ça qu’on appelle les habitants d’Anderlues, une petite ville du Hainaut dans laquelle je ne crois pas avoir jamais mis les pieds.

Pour en savoir un peu plus, j’ai tapé « Anderlues » dans le moteur de recherche de Gallica : j’ai alors obtenu de nombreux articles de journaux sur les catastrophes minières qui ont durement frappé cette ville en 1880 (49 morts) et en 1892 (160 morts).

Les Anderlusiens étaient donc des « gueules noires » ?! Pourtant, ça ne m’a pas sauté aux yeux en parcourant les registres…

En réalité, l’exploitation des houillères d’Anderlues n’a débuté qu’au milieu du XIXe siècle, ce qui signifie que lorsque mon aïeule Marie Norbertine MAHIEU a quitté sa ville natale en 1847 pour épouser Nicolas Joseph MARCOUX de Peissant, « mes » Bourlettis n’étaient pas encore houilleurs.

Mais alors, que faisaient-ils ?

La réponse saute aux yeux dès qu’on met le nez dans les registres paroissiaux : ils étaient CLOUTIERS ! Tous ! De père en fils – et parfois même en fille ! – aussi loin qu’il est possible de remonter et que les registres permettent de connaître le métier.

Cloutier, voilà qui n’est pas banal !

Une autre chose m’interpelle dans ces registres : je remarque que les pères sont souvent absents lors des baptêmes.

Du coup, je m’interroge sur les conditions de travail de ces cloutiers : devaient-ils quitter leurs foyers pour aller travailler ailleurs ? Étaient-ils saisonniers ? Ou bien étaient-ils employés dans des grandes structures et soumis à des patrons tyranniques ?

Curieuse, je me mets donc en quête d’informations…

Mais je ne trouve rien ! Du moins, je ne trouve rien qui porte spécifiquement sur les cloutiers d’Anderlues. Il y a bien un musée du clou à Fontaine-l’Évêque, la ville voisine, et le Dictionnaire géographique et statistique du Royaume de Belgique publié en 1845 nous apprend qu’à Anderlues, « la clouterie, bien moins importante qu’autrefois, est cependant encore une ressource des habitants ». Mais cela ne nous renseigne pas vraiment sur la manière dont se déroule cette activité au quotidien.

Ce sont finalement les fameux « plans Popp » qui vont m’apporter la solution.

Vous connaissez ?

Si vous explorez votre généalogie en Belgique, je vous recommande vivement la consultation de ces documents (disponibles sur le site de la Bibliothèque royale de Belgique). Ils sont issus de l’Atlas cadastral parcellaire de la Belgique réalisé par Philippe Christian Popp dans la première moitié du XIXe siècle ; ils comportent, en plus du plan cadastral de chaque commune, une liste des habitants avec leur métier et leurs différentes possessions : maison, jardin, terres, etc. C’est comme un instantané de la commune en question à ce moment précis.

On peut ainsi savoir, par exemple, à quel endroit du village vivaient nos ancêtres ; si les différentes générations d’une même famille occupaient des maisons voisines – ou vivaient sous le même toit ; ou encore, si leur propriété était étendue, s’ils possédaient un verger, un atelier quelconque, ou bien, comme mon ancêtre Rémi GILLES, à Baulers, une « forgette ».

Pour Anderlues précisément, le plan parcellaire nous donne une idée de l’importance que revêtait l’activité cloutière dans cette commune avant l’ouverture des houillères et des cokeries : j’ai pu dénombrer 49 maisons avec atelier de cloutier attenant et 27 ateliers seuls, ce qui fait 76 ateliers de clouterie en tout ! Il y a en outre 5 forges de cloutier ainsi que 6 ateliers de chaînetier et 1 forge dédiée. Ces ateliers sont disséminés sur tout le territoire de la commune et d’ailleurs, plusieurs d’entre eux appartiennent à la commune.

Source : Bibliothèque royale de Belgique

J’ai ainsi appris que mon ancêtre Jean Joseph MAHIEU occupait une maison avec atelier de cloutier attenant près des « Viviers à taille », ce qui semble correspondre aux indications fournies par son acte de décès selon lesquelles il réside « près le grand étang ». L’article qui le concerne est formulé comme suit :

« Art. 606. – Anderlues, la comm., et Mahieu, Jean Joseph (bâtisse), cloutier, Anderlues. »

Je ne sais pas trop comment il faut comprendre ça. J’imagine que Jean Joseph était propriétaire des lieux, mais qu’il travaillait pour le compte de la commune. Ce serait cohérent avec tout ce que j’ai pu lire sur ce métier de cloutier, pour lequel les « hommes de l’art » recouraient à des donneurs d’ordre qui leur fournissaient la matière première et s’occupaient de la vente des produits finis.

Voilà qui répond en partie à mes questions : les cloutiers d’Anderlues n’étaient pas obligés de s’exiler pour gagner leur croûte. Ils travaillaient tranquillement à domicile.

Sources des illustrations : Recueil de planches de l’Encyclopédie, numérisé sur Google Livres

Mais alors, pourquoi cette absence des pères aux baptêmes de leurs enfants ?

J’ai remarqué que c’était assez récurrent dans les registres paroissiaux du Hainaut. C’est le cas notamment à Peissant, à Saint-Vaast et à Seneffe. Est-ce que ce serait simplement une coutume locale ?

Si vous avez une explication, je serais curieuse de la connaître…

1 réflexion au sujet de “D comme… « Des clous ! » – Les cloutiers d’Anderlues”

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